Sauter la navigation

Stratégie canadienne relative à l’hydrogène : un cadre ambitieux pour une économie de l’hydrogène prospère

Stratégie canadienne relative à l’hydrogène : un cadre ambitieux pour une économie de l’hydrogène prospère
5 février 2021

Le 16 décembre 2020, le gouvernement du Canada a publié la Stratégie canadienne pour l’hydrogène (la « stratégie »). Il a déterminé que l’hydrogène est une composante essentielle de son plan visant à atteindre la cible de zéro émission nette de carbone d’ici 2050, affirmant que le développement de l’hydrogène à faibles émissions de carbone constituera une priorité stratégique pour le Canada au cours des 30 prochaines années.

Ce plan d’action stratégique et ambitieux axé sur le développement de l’économie de l’hydrogène vise à positionner le Canada en tant qu’exportateur mondial d’hydrogène d’ici 2050. Cette stratégie énonce les opportunités d’affaires et les défis propres au contexte canadien. De plus, elle recommande l’utilisation de plusieurs matières premières (eau, gaz naturel, pétrole et biomasse) et de sous-produits industriels disponibles dans diverses régions au Canada pour la production de l’hydrogène. La mise en œuvre de cette stratégie repose sur une combinaison de différentes sources de financement public, notamment un fonds de 1,5 G$ CA pour les combustibles à faible teneur en carbone et à émissions nulles, constitué par le gouvernement du Canada en vue de la production et de l’utilisation de combustibles à faible teneur en carbone, de même que sur les politiques et les règlements actuels et futurs relatifs à la tarification du carbone, aux carburants à faible teneur en carbone et aux émissions des véhicules.

La stratégie est complémentaire au nouveau plan d’action du gouvernement fédéral sur les changements climatiques, lequel a été traité dans notre Bulletin Blakes de janvier 2021 intitulé Changements climatiques : mesures gouvernementales, réserve judiciaire et obligations d’information des sociétés, de même que les mesures prises par certaines provinces canadiennes, notamment la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et le Québec, au cours des dernières années en vue de créer des cadres et des cibles pour l’intégration de l’hydrogène dans leur économie. En publiant cette stratégie, le Canada se joint au nombre croissant de pays qui ont adopté des cadres visant une utilisation accrue de l’hydrogène dans leur mixte énergétique.

OBJECTIFS DE LA STRATÉGIE

L’objectif à deux volets de la stratégie est de maximiser la décarbonisation et les avantages économiques des activités propres à chaque région du Canada. Les objectifs à court terme, à moyen terme et à long terme de la stratégie sont décrits ci-après :

  • À court terme : préparation du terrain (de 2020 à 2025) : l’accent est mis sur le développement de nouvelles infrastructures d’approvisionnement et de distribution de l’hydrogène et les utilisations matures commercialisables, dont la valorisation du pétrole et du gaz, les usines d’éthanol et les usines de valorisation du gaz d’enfouissement, la technologie des piles à combustible dans les chariots élévateurs, les véhicules électriques légers à pile à combustible et les autobus électriques à pile à combustible. Des projets pilotes dans des centres régionaux porteront notamment sur les utilisations précommerciales, telles que pour les camions lourds, l’équipement de transport des marchandises de port maritime, la production d’électricité, le chauffage des bâtiments et les matières premières industrielles. D’autres mesures stratégiques et réglementaires nécessaires à l’atteinte de la cible de zéro émission de carbone d’ici 2050 seront élaborées et mises en œuvre.
  • À moyen terme : croissance et diversification (de 2025 à 2030) : de nouveaux centres industriels seront créés. Il est prévu que les véhicules électriques et les autobus de transport en commun à pile à combustible entreront dans une phase d’expansion rapide. Une hausse de la nouvelle production d’hydrogène à grande échelle permettra la commercialisation du mélange hydrogène-gaz naturel dans des centres régionaux à des fins d’utilisation par le secteur industriel et l’environnement bâti, ainsi que comme matière première pour la production chimique. L’hydrogène devrait également être utilisé dans le cadre d’activités minières, et des projets pilotes visant à tester l’hydrogène pour le stockage d’énergie à échelle industrielle pourraient voir le jour.
  • À long terme : expansion rapide du marché (de 2030 à 2050) : une hausse du nombre de nouvelles utilisations commerciales est prévue, soutenue par l’infrastructure d’approvisionnement et de distribution du Canada. Les nouvelles utilisations dans le transport passeront aux phases commerciales et d’expansion rapide au cours de cette période, et un plus grand nombre d’hydrogénoducs pourraient être construits. La hausse de l’approvisionnement en hydrogène à faible intensité carbonique au Canada aidera les industries dont les émissions sont élevées à adapter leurs activités afin de réduire leurs émissions de carbone. L’augmentation de la capacité de production d’hydrogène pourrait également permettre au Canada de devenir un exportateur d’hydrogène à grande échelle.

OCCASIONS D’AFFAIRES

De nombreux secteurs pourraient faire l’objet de nouvelles occasions d’affaires potentielles, du fait que le Canada figure actuellement parmi les dix premiers producteurs d’hydrogène dans le monde, de la vaste gamme d’utilisations commerciales potentielles de l’hydrogène, de la demande accrue pour l’hydrogène à l’échelle mondiale et de l’appui croissant du gouvernement à l’égard du développement de l’économie de l’hydrogène au Canada. Il est projeté dans la stratégie que la priorité sera donnée aux applications énergivores, dont l’utilisation de l’hydrogène comme :

  • carburant aux fins du transport à grande distance nécessitant une grande production d’électricité (trains, utilisations dans le transport maritime et aérien, camions de transport longue distance et autobus);

  • carburant pour les véhicules miniers, de surface comme souterrains, et dans les systèmes électriques stationnaires de microréseau;

  • carburant pour la production et le stockage d’électricité (alimentation de systèmes de microréseau, stockage et production d’électricité renouvelable excédentaire, soit la transformation de l’électricité en gaz);

  • combustible de chauffage pour les industries ayant besoin d’une importante production de chaleur à haute température (les secteurs pétrolier et gazier, de la fabrication de ciment et d’acier, et des pâtes et papiers ainsi que les procédés industriels qui dépendent de la production de vapeur);

  • combustible de chauffage pour les bâtiments (solution de rechange potentielle pour les services publics de gaz naturel cherchant à décarboniser l’utilisation du gaz naturel à la fois pour le chauffage des locaux et de l’eau, lorsque le climat froid fait en sorte que le chauffage représente près de 80 % de la consommation d’énergie résidentielle);

  • matière première pour les procédés industriels (raffinage du pétrole, valorisation du bitume, production d’ammoniac, production de méthanol et production d’acier).

Il est indiqué dans la stratégie qu’en raison de l’augmentation de la demande mondiale en hydrogène et de la recherche de sources d’approvisionnement par les importateurs d’énergie, le Canada est bien placé pour devenir l’un des plus grands fournisseurs mondiaux d’hydrogène propre.

Il est prévu dans la stratégie que le réseau d’approvisionnement en hydrogène au Canada puisse comprendre à la fois des grandes usines centralisées dans les provinces canadiennes riches en gaz naturel ou dans des régions où la pénétration des énergies renouvelables à faible coût est élevée (l’hydroélectricité, entre autres) et une production électrolytique distribuée à plus petite échelle près des centres de demande.

DÉFIS

Malgré ses avantages enviables, le Canada fait face à de nombreux défis, à court et à long termes, en ce qui a trait au potentiel économique favorable de son économie de l’hydrogène, dont les suivants :

  • Investissements et enjeux économiques – à l’instar d’autres territoires dans le monde, les coûts actuels de l’hydrogène au Canada ne sont pas concurrentiels par rapport aux options de carburants classiques, et les investissements dans ce secteur présentent des risques élevés pour les investisseurs. Une diminution de ces coûts est nécessaire. Il est estimé dans la stratégie qu’un soutien politique et financier fort est nécessaire au cours des 5 à 10 prochaines années pour attirer les investissements dans ce secteur et réduire les risques associés à ceux-ci.

  • Technologie et innovation – il est attendu qu’un soutien à la recherche et au développement est nécessaire pour réduire davantage les coûts, concevoir des solutions dans les utilisations moins matures et découvrir de nouvelles technologies de pointe au profit du secteur.

  • Politiques et réglementation – bien que le gouvernement fédéral et certains gouvernements provinciaux aient adopté des mesures réglementaires relatives à l’hydrogène, le Canada ne s’est pas doté d’un cadre stratégique et réglementaire complet et à long terme à cet égard. Compte tenu de l’importance d’un tel cadre, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et de règlements en la matière sont prévues dans le cadre de la première phase de la stratégie.

  • Codes et normes – l’harmonisation des codes et des normes en vigueur sera nécessaire pour favoriser l’adoption de l’hydrogène ainsi que la croissance des échanges commerciaux et des marchés d’exportation d’hydrogène, et ce, en procurant un degré de certitude aux investisseurs quant à l’économie de l’hydrogène.

  • Disponibilité de l’infrastructure relative à l’hydrogène – l’absence d’une infrastructure de base (infrastructures de ravitaillement et de transport, et installations de stockage) fait obstacle à l’approvisionnement en hydrogène dans de nombreuses régions au Canada. Il est prévu dans la stratégie que la croissance de la production et de la demande à l’échelle nationale nécessitera la mise en place d’une infrastructure spécialisée, dont des hydrogénoducs et des usines de liquéfaction. De plus, il y est souligné que la construction coordonnée et en temps opportun de nouvelles infrastructures relatives à l’hydrogène ainsi que la remise en état de certaines infrastructures existantes seront essentielles pour assurer la fourniture de l’hydrogène à faible coût aux marchés national et internationaux.

  • Sensibilisation du publicil est noté dans la stratégie qu’aux fins de l’établissement d’un secteur de l’hydrogène dynamique, il est essentiel de sensibiliser davantage le public à propos de l’aspect sécuritaire et des avantages économiques de l’hydrogène.

RECOMMANDATIONS

Pour relever ces défis, la stratégie propose 32 recommandations qui reposent sur les 8 piliers suivants :

  • Pilier 1 : Partenariats stratégiques – mettre l’accent sur la collaboration entre les gouvernements, les communautés, les secteurs industriels et les pays, de même que les partenariats public-privé aux fins du partage de l’expertise et de l’accélération du déploiement des projets.

  • Pilier 2 : Atténuation des risques liés aux investissements – favoriser une plus grande certitude à l’égard du marché en établissant un cadre réglementaire clair et à long terme, conjointement avec de solides politiques en matière de marchés publics et des engagements pluriannuels de financement, de même qu’en facilitant les occasions de cofinancement.

  • Pilier 3 : Innovation – établir des priorités en matière de recherche fondamentales et stratégiques, mettre en place du financement aux fins de la recherche et du développement durables, tirer parti de l’expertise en créant des centres de recherche, et favoriser la collaboration entre l’industrie et le milieu universitaire.

  • Pilier 4 : Codes et normes – mettre à jour, harmoniser et élaborer des normes à l’échelle nationale et internationale afin de contribuer au déploiement de nouvelles technologies et à la mise en place de nouvelles infrastructures, de même que de faciliter l’adoption de ces technologies et infrastructures.

  • Pilier 5 : Politiques et réglementation habilitantes – adopter une approche pancanadienne cohérente à l’égard de la réglementation à tous les paliers gouvernementaux et inciter les gouvernements à moderniser et à mettre à jour leurs politiques, programmes et règlements actuels pour favoriser la croissance de la production d’hydrogène nationale et faciliter l’utilisation finale de celle-ci.

  • Pilier 6 : Sensibilisation – informer les gouvernements, les intervenants du secteur et le public à propos des possibilités offertes par l’hydrogène et des questions liées à sa sécurité, ainsi que former la prochaine génération de travailleurs spécialisés de l’économie de l’hydrogène.

  • Pilier 7 : Plans d’action régionaux – maximiser la diversité des occasions pour les régions grâce à la collaboration entre les intervenants (notamment ceux du secteur des services publics, les entreprises de technologies propres, les acteurs importants de l’industrie et les représentants de tous les paliers gouvernementaux) et cerner les possibilités aux fins de la création de nouveaux centres régionaux.

  • Pilier 8 : Marchés internationaux – mettre sur pied des projets de référence locaux visant à démontrer la maturité technologique et la rentabilité du secteur de l’hydrogène en vue d’attirer des investissements étrangers, investir dans l’infrastructure pour faciliter l’approvisionnement en hydrogène aux marchés internationaux et faire en sorte que le Canada devienne le fournisseur de choix d’hydrogène à faible teneur en carbone.

REGARD SUR L’AVENIR

La stratégie fait état de la vision et de l’engagement du Canada à l’égard du développement et de l’utilisation de l’hydrogène à faible teneur en carbone en tant que priorité stratégique pour le Canada. Il faudra parcourir une longue route inexplorée afin de mettre en œuvre cette stratégie. Or, l’engagement du Canada en vertu de l’Accord de Paris d’atteindre la cible de zéro émission nette de carbone d’ici 2050, la finalisation prévue en 2021 du règlement fédéral proposé intitulé Règlement sur les combustibles propres, et les projets récemment entrepris et à venir dans différentes provinces devraient se traduire par une plus grande coordination des initiatives stratégiques, réglementaires et de financement public, et ce, en vue de soutenir les occasions d’affaires et les investissements dans ce secteur émergent.

Nous continuerons de surveiller l’évolution du secteur canadien de l’hydrogène. Si vous avez des questions au sujet des répercussions de la stratégie sur votre entreprise ou des occasions d’affaires dans ce secteur, communiquez avec :

Viorelia Guzun            514-982-4087
Anne Drost                 514-982-4033
Paulina Balabuch       514-982-5035

ou un membre du notre groupe Énergie.