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Les gouvernements canadiens investissent dans l’innovation, le talent et la compétitivité nationale

Par Mitchell Hamilton, Christopher Jones et Marcus Cvitak (étudiant d’été en droit)
9 juillet 2026

La combinaison de différents facteurs, soit les perturbations géopolitiques, l’instabilité des échanges commerciaux et les ambitions accrues en matière de politique industrielle, a profondément modifié l’environnement dans lequel les entreprises canadiennes exercent leurs activités. Par ailleurs, la modification des tarifs douaniers, l’évolution des relations entre le Canada et les États-Unis, ainsi que l’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale pour les capitaux, la propriété intellectuelle (la « PI ») et la main-d’œuvre qualifiée ont accentué l’importance, sur le plan stratégique, d’investir à l’échelle nationale dans l’innovation et le talent.

Dans tous les secteurs, dont l’intelligence artificielle (l’« IA »), les sciences de la vie, la défense, la fabrication de pointe et la technologie propre, le besoin de mettre en place des chaînes d’approvisionnement résilientes, de préserver la PI d’origine canadienne et d’attirer des capitaux à long terme est passé d’une priorité stratégique à un impératif politique et économique. Si la prospérité à long terme du pays repose sur sa capacité à commercialiser la recherche, à ancrer des secteurs à forte valeur ajoutée sur son territoire et à rivaliser à l’échelle mondiale pour attirer des capitaux et des personnes de talent, le fait de ne prendre aucune mesure pourrait entraîner des conséquences d’envergure.

En réponse à cette situation, le gouvernement fédéral et divers gouvernements provinciaux, souvent en collaboration avec des partenaires du secteur privé, ont introduit une série de nouveaux programmes de financement, créé de nouvelles sources de capitaux et lancé diverses initiatives axées sur le talent dans le but de soutenir le maintien et la croissance des technologies, de la PI et du capital humain au Canada. Les entreprises, qu’elles en soient à leurs balbutiements ou qu’elles soient bien établies, ainsi que les investisseurs qui les appuient, devraient considérer ces développements récents non seulement comme une bonification majeure du soutien public disponible, mais aussi comme un indicateur des secteurs susceptibles de constituer des priorités gouvernementales et où les dépenses publiques en matière d’approvisionnement pourraient se concentrer dans les années à venir.

Vous trouverez ci-après un aperçu de mesures récentes qui revêtent un intérêt particulier pour les entreprises, les fondateurs et les investisseurs qui participent à l’économie de l’innovation au Canada.

  • Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous. Le 4 juin 2026, Innovation, Sciences et Développement économique Canada a publié la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous (la « Stratégie nationale en matière d’IA »), laquelle s’articule autour de six piliers portant essentiellement sur la confiance, les opportunités et la souveraineté. La Stratégie nationale en matière d’IA s’appuie sur divers engagements présentés dans le budget fédéral canadien pour 2025-2026 (le « Budget fédéral 2025 »), notamment une enveloppe de 925,6 M$ CA sur cinq ans, destinée à une infrastructure publique de calcul à grande échelle pour l’IA. Elle témoigne par ailleurs d’un revirement dans l’approche du gouvernement fédéral, laquelle était auparavant axée sur le leadership en recherche et semble dorénavant axée sur la commercialisation de la recherche, ainsi que sur la croissance des entreprises canadiennes dans les secteurs à forte intensité d’IA. Pour une analyse plus détaillée, consultez le Bulletin Blakes intitulé La stratégie canadienne L’IA pour tous : principaux points à retenir pour les entreprises. Les fondateurs, les investisseurs et les entreprises qui mettent au point ou déploient des technologies d’IA devraient prendre connaissance de la Stratégie nationale en matière d’IA pour savoir où le financement public, les occasions de marchés publics et les programmes de recrutement de personnes de talent sont susceptibles de se concentrer.
  • Talent Innovation Canada. Le 14 mai 2026, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 29,2 M$ CA sur trois ans destiné à Talent Innovation Canada (« TICAN »), un nouvel organisme national sans but lucratif dirigé par l’industrie qui place des personnes de talent à la maîtrise, au doctorat ou au postdoctorat au sein d’établissements canadiens de premier plan à forte croissance dans les domaines de la mobilité, de la croissance propre, de la biofabrication, des sciences de la vie, de la microélectronique ainsi que des technologies de l’information et de la communication. Pour les entreprises exerçant des activités dans ces secteurs, TICAN offre un accès structuré à des personnes de talent spécialisées en recherche et développement et vise à soutenir la commercialisation de la recherche tout en augmentant la PI détenue par des Canadiens.
  • Fonds pour l’innovation en sciences de la vie de l’Ontario. Le 11 mai 2026, le gouvernement de l’Ontario a annoncé un investissement de 5 M$ CA dans le cadre du quatrième cycle du Fonds pour l’innovation en sciences de la vie (le « FISV »), géré par le Centre d’innovation de l’Ontario. Cet investissement permettra d’octroyer jusqu’à 500 000 $ CA à chacune des dix entreprises développant des technologies médicales fabriquées en Ontario, depuis des diagnostics établis grâce à l’IA jusqu’à la découverte de médicaments de nouvelle génération et aux biomatériaux avancés. Lancé en 2022 et reconduit avec un investissement supplémentaire de 15 M$ CA sur trois ans dans le cadre du budget provincial de l’Ontario de 2025, le FISV soutient la stratégie ontarienne pour les sciences de la vie et a, à ce jour, généré près de 63 M$ CA en coinvestissements du secteur privé, tout en créant et en préservant près de 1 400 emplois.
  • Fonds pour les sciences de la vie de BDC. Le 9 avril 2026, BDC Capital, filiale de la Banque de développement du Canada (« BDC »), a lancé un fonds de capital de risque à hauteur de 150 M$ CA, destiné à fournir du capital patient à des entreprises canadiennes en phase d’amorçage et de série A actives dans les produits thérapeutiques et les technologies médicales. Le Fonds pour les sciences de la vie de BDC vise à combler des lacunes de financement persistantes, surtout aux premiers stades de développement d’une entreprise, dans un secteur dont l’importance stratégique ne cesse de croître; selon l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement; le capital de risque au Canada dans le domaine des sciences de la vie a chuté à environ 837 M$ CA en 2025, son plus bas niveau depuis 2018. 
  • Stratégie industrielle de défense du Canada. Le 17 février 2026, le premier ministre Mark Carney a publié un document intitulé « Sécurité, souveraineté et prospérité : la Stratégie industrielle de défense du Canada » (la « Stratégie industrielle de défense »), lequel décrit le plan pangouvernemental pour renforcer l’infrastructure industrielle de défense du Canada grâce au nouveau cadre « Construire-Collaborer-Acheter » et à un financement fédéral de 6,6 G$ CA. S’inscrivant pleinement dans un programme plus large de sécurité nationale et de souveraineté économique, la Stratégie industrielle de défense attribue des investissements importants à des entreprises axées sur l’innovation. Les principaux canaux de financement comprennent 1) une enveloppe de 4 G$ CA destinée à la Plateforme de défense BDC, qui fournit du capital de risque et des services-conseils aux petites et moyennes entreprises (« PME ») du secteur de la défense; 2) une enveloppe de 357,7 M$ CA destinée à la mise en œuvre d’une nouvelle Initiative régionale d’investissement dans la défense visant à soutenir la croissance et l’intégration des PME dans les chaînes d’approvisionnement de la défense; et 3) une enveloppe de 244 M$ CA destinée aux PME par le biais d’un nouveau volet « Assistance à l’industrie de la défense » du Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada, afin de les aider à faire progresser les technologies de défense et les technologies à double usage.
  • Fonds Venture Scientist. Le 21 janvier 2026, Mila (Institut québécois d’intelligence artificielle) et Inovia Capital ont lancé, en collaboration avec les trois instituts nationaux canadiens spécialisés en IA, soit Mila, Vector et Amii, un fonds dédié aux entreprises en phase de démarrage d’un montant de 100 M$ US (le Fonds Venture Scientist) ciblant plus de 55 entreprises « natives de l’IA » issues entre autres d’universités canadiennes. Bien que géré par le secteur privé, le Fonds Venture Scientist cadre pleinement avec les priorités fédérales en matière de commercialisation, notamment avec la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle, ainsi qu’avec d’autres initiatives plus larges visant à retenir la PI et le talent canadiens au pays, dans un contexte d’une concurrence de plus en plus vive à l’échelle mondiale pour les chercheurs et les entrepreneurs en IA. Le Fonds Venture Scientist constitue une nouvelle source de financement majeure pour les chercheurs qui transforment la recherche de pointe en création d’entreprises.
  • Initiative Talent mondial en recherche Impact+ Canada. Le 9 décembre 2025, le gouvernement fédéral a lancé l’Initiative Talent mondial en recherche Impact+ Canada (l’« Initiative Talent mondial ») prévoyant d’y investir jusqu’à 1,7 G$ CA sur 12 ans pour recruter plus de 1 000 chercheurs étrangers et expatriés de renom au sein d’établissements canadiens, grâce à des procédures simplifiées et à des mesures d’immigration ciblées. Bien qu’elle vise principalement à agrandir les équipes de recherche universitaires, l’Initiative Talent mondial devrait élargir au fil du temps le bassin de chercheurs de premier ordre et étendre l’écosystème de la PI au Canada auxquels les entreprises de tous les secteurs et leurs investisseurs auront accès.
  • Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance de BDC. Dans le Budget fédéral 2025 déposé le 4 novembre 2025, le gouvernement canadien a proposé d’allouer 1 G$ CA sur trois ans à BDC pour la mise en œuvre de l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance (l’« ICCRC »), laquelle comporte trois volets, dont un visant à mobiliser davantage de capital de risque privé au Canada en incitant les fonds de pension et autres investisseurs institutionnels à investir, un autre à soutenir les entreprises du secteur des sciences de la vie et le dernier à soutenir les gestionnaires de fonds émergents. Le lancement de l’ICCRC reflète une préoccupation politique croissante, soit le fait que les entreprises canadiennes, en particulier celles en phase de croissance, doivent composer avec des lacunes structurelles de financement, lesquelles contribuent à la migration des talents et de la PI à l’extérieur du pays. Le Budget fédéral 2025 prévoyait également un financement supplémentaire de 750 M$ CA pour les entreprises aux prises avec un manque de financement aux premières étapes de croissance; des précisions quant à cet investissement stratégique devraient être fournies plus tard en 2026.

Dans leur ensemble, ces mesures témoignent d’un effort politique soutenu et coordonné, touchant plusieurs paliers de gouvernement et divers secteurs de l’économie, et visant à élargir le réservoir de capitaux au pays, à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et à agrandir le bassin de personnes de talent auquel les entreprises canadiennes ont accès pour faire croître leurs activités à l’échelle nationale. Les entreprises et les investisseurs qui cerneront assez tôt les critères d’admissibilité applicables, les périodes pour la soumission de demandes et les autres dates importantes seront les mieux placés pour tirer parti de ces mesures au fur et à mesure qu’elles prendront effet.

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